La Religion considérée comme l'unique base du bonheur et de la véritable philosophie : ouvrage fait pour servir à l'éducation des enfans de S.A.S. Monseigneur le Duc d'Orléans et dans lequel on expose et l'on réfute les principes des prétendus philosophes modernes.
Paris : imprimerie polytype, 1787.
In-8, (4)-x-415-(1)-lxxv-(3) pages. Maroquin rouge de l'époque, dos lisse orné d'un médaillon à l'oiseau répété, encadré de motifs de fleurs et d'étoiles, pièce de titre de maroquin olive, plats richement ornés d'une large roulette dorée
encadrant une dentelle rocaille avec le même médaillon à l'oiseau en écoinçons, double filet doré sur les coupes, roulette dorée intérieure, gardes de soie verte, tranches dorées.
Un coin arasé ; tache d'encre pp. vi-3 ; petit manque angulaire sans atteinte au feuillet E3. Item #5499
Bel exemplaire de cette rare publication de l'Imprimerie Polytype, en maroquin de l'époque richement orné dans le goût de Derôme.
Il s'agit de la première édition du célèbre ouvrage de Madame de Genlis, maîtresse du duc Louis-Philippe d'Orléans, futur Philippe-Egalité, et gouvernante de ses enfants. L'impression en fut réalisée par l'Imprimerie Polytype créée en 1784 à Paris par les alsaciens François-Ignace et Joseph Hoffman. En décembre 1785, ils reçurent un privilège royal à condition de n'employer que le "polytypage", procédé de composition polytype de leur invention. Il consistait en une nouvelle manière de reproduire les caractères, plus rapide et d’une qualité supérieure. Le duc d’Orléans devint le mécène et principal client de l'Imprimerie Polytype, qui fut démantelée en novembre 1787 à la suite d'accusations de concurrence déloyale.
« Composé à l'occasion du baptême de Louis-Philippe, futur roi des Français (et auprès de qui Genlis occupe alors la place de gouverneur), cet ouvrage insiste sur l'importance d'une éducation chrétienne qui serait menacée par la philosophie des Lumières. […] Une première édition, publiée en 1787, s'épuise en quinze jours et est suivie d'une deuxième, et ensuite d'une troisième avant que l'ouvrage ne soit finalement interdit en France ("Avertissement nouveau" i). La position et l'éloquence de Genlis dans La religion lui valent même le titre "d'Amazone chrétienne" par L'année littéraire, ainsi que celui de "Mère de l'Église". Cette deuxième appellation, qui lui est cyniquement conférée par Grimm, devient pourtant problématique après la Révolution et Genlis cherchera à s'en éloigner dans les années 1800 lorsqu'elle retourne en France après une période d'exil en Angleterre.
Aussi La religion s'inscrit-elle d'emblée au sein d'une certaine littérature antiphilosophique qui dure de la seconde moitié du dix-huitième jusqu'au début du dix-neuvième siècle. […] A ce titre, il faut noter la présence et l'emploi de Pascal au sein de ce texte ; celui-ci étant l'écrivain par excellence contre qui le dix-huitième siècle s'acharne inlassablement, il n'est pas surprenant que le moraliste chrétien soit une source d'inspiration pour Genlis - elle-même se sentant souvent persécutée. Aussi Pascal joue-t-il un rôle unique dans La religion : l'emploi de ses idées s'inscrit tant de manière explicite (à travers les passages repris des Pensées) que de manière implicite dans les arguments utilisés par Genlis dans sa défense du christianisme. […] Se servant ainsi de Pascal tant pour défendre le christianisme que pour se retourner contre les philosophes, Genlis fait de celui-ci une arme d'attaque contre les philosophes, mais en même temps elle en profite pour partir à la défense de Pascal. » (Preea Leelah, « Une antiphilosophe qui dérange : Mme de Genlis et sa défense pascalienne de la religion. » The French Review, vol. 89, no. 1, 2015, pp. 128–44.)
André Jammes, L’Imprimerie Polytype. Une Officine experimentale et clandestine au Service du duc d'Orléans 1783-1787, 2012, n° 20.
Prix: €2,200.00


