Les Amours du comte de Dunois.
Paris : Claude Barbin [i.e. Bruxelles : Eugène-Henri Fricx ?], 1675.
Petit in-12, 191 pages. Demi-veau blond du XIXe siècle, dos à nerfs fleuronné, pièces de titre et de date de maroquin rouge.
Charnières un peu fragiles. Item #5338
Rare contrefaçon bruxelloise de ce roman historique galant.
La première édition, anonyme et intitulée Le comte de Dunois, parut à Paris chez Claude Barbin en 1671. On en connaît une contrefaçon grenobloise parue dès l'année de sa parution. "Deux autres contrefaçons réalisées à l'étranger quatre ans plus tard changent le titre en Les amours du comte de Dunois et l'attribuent à 'Mme Desjardins' (en actualisant le privilège de 3 ans pour suggérer une nouveauté). […] Après la mort de Mme de Villedieu, Thomas Amaury a réédité l'ouvrage sous le titre de Mademoiselle d'Alençon. Nouvelles galantes, à Lyon. C'est sous ce titre qu'on l'a réimprimé plusieurs fois et enfin incorporé à l'édition (augmentée de 2 volumes d'œuvres apo-cryphes) des Œuvres de Mme de Villedieu en 1721 et 1741." (Rudolf Harneit, "Fingierter Druckor t: Paris. Zum Problem der Raubdrucke im Zeitalter Ludwigs XIV. Bibliographischer Anhang von Rudolf Harneit, teil 2", Wolfenbütteler Notizen zur Buchgeschichte, Jahrgang XIV, Heft 2, 1989.)
Les deux contrefaçons étrangères étudiées par Rudolf Harneit (op.cit. pp. 240-241 et p. 304) furent toutes les deux réalisées à Bruxelles en 1675. Elles possèdent une page de titre identique - si ce n'est leur fleuron gravé - à l'adresse fictive de Claude Barbin à Paris et un faux privilège actualisé copié sur le privilège authentique. Elles se distinguent néanmoins par leur collation et leurs ornements typographiques. La première, qui compte (8)-184 pages, est due à Philippe Vleugart. La seconde, dont provient notre exemplaire, fut faite sur cette dernière, probablement par un "imprimeur pirate expérimenté", Eugène-Henri Fricx. Ce sont ces deux contrefaçons bruxelloises qui font précocément entrer l'ouvrage dans le corpus de Madame de Villedieu. Plus tard, en 1779, le rédacteur de la Bibliothèque des romans le donna à Madame de Murat, attribution peu probable compte tenu de sa date de naissance, l’année 1670.
« De fait, le nom de Mme de Villedieu a servi aussi de prête-nom, d’alibi et de faire-valoir à des œuvres nombreuses qu’elle s’est vue attribuer à tort. Dès son vivant, elle a dû se défendre de l’habitude prise par certains libraires de mettre sous son nom des titres auxquels elle n’avait pas part. […] Cela signale d’abord la grande notoriété de ce nom : on ne prête qu’aux riches, et si les libraires choisissent Villedieu pour orner les pages de titre c’est sans nul doute en raison des vertus commerciales qu’il revêt. D’où l’apparition de titres, et parfois non des moindres, qui viennent enrichir la déjà riche bibliographie villedieusienne. Lorsqu’on analyse le détail de ces attributions, on constate que ce sont surtout des nouvelles historiques qu’on lui a prêtées : Le Prince de Condé de Boursault, Dom Carlos de Saint-Réal, des œuvres de Mlle de La Roche-Guilhen (Astérie ou Tamerlan, Journal amoureux d’Espagne), Le Comte de Dunois, édité aussi sous le titre de Mademoiselle d’Alençon. » (Grande, N. et Keller-Rahbé, E. (2006). Villedieu, ou les avatars d'un nom d'écrivain(e) Littératures classiques, 61(3), 5-32.)
Cioranescu, qui cite l'ouvrage sous le titre de notre édition, estime qu'il est dû à Pierre d'Ortigue de Vaumorière (1610 ?-1693). Originaire d’Apt, ce dernier se rendit très tôt à Paris et fréquenta les cercles littéraires, notamment le salon de Madeleine de Scudéry, et fut secrétaire à l'Académie de l'abbé d'Aubignac. Il figure, avec son épouse, dans le Dictionnaire des précieuses de Somaize. À partir de 1656, il publia des romans historiques et acheva l’Histoire de France de La Calprenède. Vers la fin de sa vie, il connut le succès avec un manuel de bonnes manières et un autre sur l’art épistolaire.
Barbier I, 660.
Price: €450.00
