Item #5213 Sophie ; ou mémoires d'une jeune religieuse, écrits par elle-même ; adressés à la Princesse de L***, & publiés par Madame G…. RÉVOLUTION FRANÇAISE, Anne Caroline GAUTHIER, née Jubé de La Perelle.
Sophie ; ou mémoires d'une jeune religieuse, écrits par elle-même ; adressés à la Princesse de L***, & publiés par Madame G….
Sophie ; ou mémoires d'une jeune religieuse, écrits par elle-même ; adressés à la Princesse de L***, & publiés par Madame G….

Sophie ; ou mémoires d'une jeune religieuse, écrits par elle-même ; adressés à la Princesse de L***, & publiés par Madame G….

Paris : Bélin et Desenne, 1790.
In-8, frontispice, (2)- pages. Maroquin olive moderne, dos à nerfs orné de caissons de filets à froid, double filet à froid encadrant les plats, filet doré sur les coupes, dentelle intérieure, tranches dorées, boîte.
Dos un peu passé. Cachet humide sur une garde volante : "H. Olivier" Item #5213

Première édition de ce roman-plaidoyer contre l'enfermement conventuel, écrit par la future Madame Lacépède.
Il est illustré d'un beau frontispice gravé par Pierre-Adrien Le Beau d'après Clément-Pierre Marillier. Paru de manière anonyme, l’ouvrage connut une seconde édition en 1792. L'autrice, dont c’est le seul roman, épousera en secondes noces le comte de Lacépède en 1794.
Ce roman exploite le thème des vœux forcés pour susciter un débat sur la fermeture des couvents et les aberrations religieuses, et dresser un violent réquisitoire contre l'Ancien Régime.
"… la société révolutionnaire régénérée ne peut se fonder sur un système de lois et d'usages qui constitue pour la femme un appareil de servitude. Pour le prouver, Madame Gauthier-Lacépède situe sa fiction sous l'Ancien Régime et décrit le monde de conventions où sont instaurées entre l'homme et la femme, les parents et les enfants, des relations de domination et de soumission. L'itinéraire de la jeune Sophie obéit à une fatalité sociale. D'intolérables pressions familiales et sentimentales font de l'héroïne une religieuse malgré elle. L'amour que Sophie éprouve pour son cousin M. de Lausanne est sans espoir, car celui-ci fait un mariage de convenances en épousant la brillante Mlle de Volsi. […] Sophie devient par son amour envers Lausanne et par sa volonté de le rejoindre, un élément perturbateur, une source de scandale dans le couvent. Persécutée par les religieuses, elle sombre dans une léthargie misérable. Mme Gauthier-Lacépède n'innove pas sur le thème de la vocation forcée. Tervire dans La vie de Marianne et Sainte-Agnès dans La Paysanne parvenue de Mouhy ont été les modèles de son héroïne Sophie. Mais là où il ne s'agissait que de déplorer le sort des malheureux conventuels, il s'agit maintenant d'exalter la Révolution qui a mis fin à un état de fait scandaleux." (Huguette Krief, "La Condition de la femme dans la littérature romanesque féminine", Les Femmes et la Révolution françaises, II, Actes du colloque international, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1989, p. 266.)
En effet, la révolte de Sophie est mise au service de l'idéal politique révolutionnaire : "La liberté revendiquée n'est pas une liberté abstraite, elle se réfère aux droits inaliénables et universels de la personne : aussi les exigences de l'héroïne, formulées au cours du roman, prennent-elles finalement un sens politique. La lutte de Sophie prend place dans le combat de toute une Nation contre les coutumes de l'Ancien Régime et l'emprise de l'Eglise sur la Nation." (Huguette Krief, Entre terreur et vertu, Et la fiction se fit politique (1789-1800), Paris, Honoré Champion 2010, p. 269.)
Malgré le caractère sombre de la dernière scène où Sophie se sent condamnée à croupir dans son couvent, Mme Gauthier-Lacépède achève son roman par un retournement de situation heureux, présenté comme une note supposée de l'éditeur : "La Princesse de L*** venoit de faire déclarer nuls les vœux de l’infortunée Sophie au moment où les représentants de la Nation ont étendu jusqu’aux cloîtres le bienfait de la liberté. Elle vit maintenant heureuse, son amant devenu son époux". La fiction s'achève donc opportunément sur la dissolution des ordres religieux et la suppression des couvents décrétées par l'Assemblée nationale en 1790.

Price: €1,000.00