Item #5158 Lettres d’une solitaire à son directeur avec les réponses du même [tome I, lettres 1-11]. SOLITAIRE DES ROCHERS, Luc de BRAY.
Lettres d’une solitaire à son directeur avec les réponses du même [tome I, lettres 1-11].

Lettres d’une solitaire à son directeur avec les réponses du même [tome I, lettres 1-11].

S. l. n. d. [XVIIIe siècle].
In-4, feuillet de titre ajouté postérieurement au XIXe siècle, 512-(1) pages. Veau brun de l’époque, dos à nerfs orné, pièce de titre de maroquin bordeaux (reliure usée, coins émoussés). Item #5158

Une des copies manuscrites de cette extraordinaire supercherie littéraire, source fantasmée de l’érémitisme féminin au XVIIe siècle, qui ne fut entièrement imprimée qu'en 1841.

Elle comprend les lettres 1 à 11 (8 janvier 1693-20 février 1696), le second tome contenant les lettres 12 à 19 ayant été perdu, comme le laisse penser la pièce de tomaison de notre volume. Toutes les lettres ont été copiées par la même main, sur papier, sur une colonne à 22 lignes par page. Le nom du scripteur n'est pas connu, pas plus que la date ni le lieu de rédaction du manuscrit.
« La biographie et l’œuvre de Jeanne-Marguerite de Montmorency (1645-1700 ?), connue également comme "la Solitaire des Pyrénées" ou "des Rochers", sont au centre d’une affaire irrésolue qui en a mis en cause, durant des siècles, l’authenticité. Jeune fille d’origines nobles devenue anachorète et pénitente, elle est connue pour sa correspondance avec son directeur de conscience Luc de Bray, curé de la Trinité à Châteaufort, bien que, selon plusieurs critiques, ces lettres seraient en réalité un faux inscrit au sein de la propagande anti-quiétiste. […] Son échange épistolaire avec Luc de Bray, entamé en 1693, se serait poursuivi avec une certaine régularité pendant six ans, jusqu’à la mort du curé en 1699. Cette correspondance comprend dix-neuf lettres de la Solitaire et dix-huit réponses de son directeur. » (Elena Ravera, «Jeanne-Marguerite de Montmorency, la Solitaire des Pyrénées : fortune et controverses d’une correspondance spirituelle », Publifarum, 43, 2025, pp. 106-128.)
Cette correspondance a, semble-t-il, beaucoup circulé sous forme manuscrite avant d'être imprimée. Quelques lettres parurent initialement dans la première "biographie" de Jeanne- Marguerite, publiée en 1787 par le père Nicolson sous le titre La Solitaire des rochers, qui donna immédiatement naissance à une tradition hagiographique. Cependant, dès le XVIIIe siècle, des polémiques s’élevèrent au sujet de l’existence supposée ou réelle de Jeanne-Marguerite et de l’authenticité des lettres – ainsi, dans son édition des Mémoires et lettres de Madame de Maintenon (1778), Angliviel de La Beaumelle dénonce vertement une imposture dont le père de Bray serait l’auteur. La querelle entre les tenants de l’existence historique de la « solitaire des rochers » et ses détracteurs se poursuivit au XIXe siècle, qui vit paraître la première édition intégrale de la correspondance en 1841. Dans l'état actuel de la recherche, on pense qu'il s'agit de l'œuvre apocryphe d'un groupe anti-quiétiste qui paraît avoir été animé par Luc de Bray et tentait d'agir auprès de Madame de Maintenon (cf. Raymond Darricau, Dictionnaire de Spiritualité ascétique et mystique). « Ce pamphlet fonctionne comme fiction : il n'y a pas, dans son cas, à choisir entre le document historique et le roman, parce que ce livre est un document historique en tant que fiction littéraire. Il faut en effet considérer comme un phénomène historique le fait que la lutte radicale contre le quiétisme ait été amenée à passer par une supercherie littéraire » (Dinah Ribard. “Radicales Séparations : ermitages et guerres de plume à la fin du XVIIe Siècle”, Archives de Sciences sociales des religions, vol. 55, no. 150, 2010, pp. 117–33).
« Aujourd’hui, analyser la Solitaire des Pyrénées et ses lettres revient à explorer un prisme historique et littéraire qui révèle les dynamiques religieuses, sociales et politiques non seulement du XVIIe siècle, mais aussi des siècles suivants […]. Qu’il s’agisse d’une œuvre individuelle ou d’une production collective à visée polémique, cette correspondance participe à l’élaboration d’un modèle de spiritualité féminine et d’une voix mystique qui, bien que sujette à des incertitudes historiques, a su traverser les âges. » (Ravera, op. cit.)
Cette idée est confortée par l’annotation à l’encre, légèrement postérieure au reste du manuscrit, qui se trouve sur le premier contreplat : « Ce livre est à l’usage des Carmelites d’Arles ». On comprend que cette correspondance a été utilisée comme la source d'une expérience spirituelle exceptionnelle pouvant servir de modèle à des religieuses. La même main a complété les 4 lignes manquantes après la page 512, sur la dernière garde volante.

Price: €350.00