Œuvres de la marquise de Palmarèze.
"Par-tout, et par tous les temps", s. d. ["Khel [sic] : imprimerie de F. Chanson"], 1789.
2 volumes in-12, (4)-239-(9) pages ; 184-(4)-136 pages. Basane mouchetée de l'époque, dos lisse orné de filets dorés, pièces de titre de maroquin bordeaux.
Coins érodés, épidermures ; traces rousses dues à la colle des gardes aux premiers et derniers feuillets. Ex-libris gravé de Barthélemy Bernard Louis Luchaire, homme politique français (1764-1823). Item #4912
Rare édition, imprimée à petit nombre aux dépens de l'auteur, de ce recueil de textes licencieux.
Il existe une édition à l'adresse de Londres, 1777, intitulée Folies de la Jeunesse de Sir S. Peters Talassa-Aitheï, qui n’aurait été tirée qu’à quinze exemplaires d’après le titre. Il est généralement admis que cette édition serait la première, en raison de sa date, pourtant tout aussi fictive que son adresse. En effet, elle contient le même colophon que notre édition, à l’adresse également fantaisiste de « Khel [sic], imprimerie de F. Chanson, 1789 », publiée à cent exemplaires – toujours d’après le titre. Il est néanmoins probable que la date de 1789 soit véridique – la pièce l’Esprit des mœurs dans le second volume fait ainsi référence, dans son titre, à la prise de la Bastille « le 15 juillet 1789 ». Par ailleurs, entre ces deux éditions, publiées la même année donc, seul le titre et les feuillets liminaires diffèrent, la collation reste pour toutes les autres pièces identiques. Il semble ainsi difficile d’établir l’antériorité d’une édition sur l’autre.
L'ouvrage le plus remarquable de ce recueil est une pièce érotique scandaleuse, qui fut attribuée au marquis de Sade par certains bibliographes – dont Paul Lacroix (Bibliothèque dramatique de Monsieur Soleinne, n° 3865). L’auteur de l’Esprit des Mœurs au XVIIIe siècle ou la Petite maison, proverbe en deux actes et en prose, traduite de la langue du Congo - lieu fictif emprunté aux Bijoux indiscrets de Diderot – est cependant Mérard de Saint-Just sous le masque de la marquise de Palmarèze. Le texte, très érotique et performatif, consiste en une suite de rencontres sexuelles entre la marquise, aux appétits insatiables, et ses nombreux visiteurs et visiteuses.
« Tout en reprenant la tradition du dialogue libertin à la manière de Crébillon, fréquemment interrompu par des moments où les interlocuteurs abandonnent le dialogue pour passer à l’acte, le proverbe de Saint-Just se présente pourtant comme un ouvrage conçu pour la représentation. Du moins, il en affiche l’intention d’une manière ostentatoire. Paule Adamy écrit dans le paratexte de son édition critique que le texte en question « se donne les airs d’une de ces pièces licencieuses qui étaient jouées à huis clos sur les scènes des théâtres privés », comme par exemple les parades. Sur la page de titre, l’auteur annonce en effet que son proverbe « fut représenté à la Cour de Congo, en 1759, et devoit l’être en 1776, le jeudi de la première Semaine de Carême, sur le Théâtre de Mlle Guimard ». Si la première affirmation est de pure fiction, la deuxième se veut crédible et ne manque pas de vraisemblance. En 1776, Mlle Guimard, première danseuse de l’Opéra et grande courtisane à la réputation sulfureuse, était propriétaire d’un somptueux hôtel particulier vers la Chaussée d’Antin, baptisé Temple de Terpsichore, qui abritait un théâtre privé de 500 places où elle donnait des spectacles de société. En février de la même année, pendant le Carême, elle avait organisé une soirée avec représentation théâtrale, dont témoignent plusieurs sources, qui fut finalement interdite par ordre du Roi à l’instigation de l’Archevêque de Paris […]. « Mérard de Saint-Just a-t-il voulu, mythomane, faire croire que sa pièce aurait dû être jouée ce soir-là ? Il ne courait pas de risque d’être démenti, puisque la soirée avait été interrompue ». Ou bien l’indication signifierait-elle que le proverbe « était digne d’être représenté à cette soirée spéciale ? ». Impossible de trancher, selon Paule Adamy. » (Valentina Ponzetto, « Le proverbe dramatique, une voie détournée pour théâtraliser l’irreprésentable ? », Fabula-LhT, n° 19, octobre 2017)
Les autres volumes du recueil contiennent des poésies libertines : petits contes, épigrammes, anecdotes rimées libertins dans le premier volume, cantiques érotiques et panégyrique de la Madeleine, traduction supposée de l’espagnol. On y relève de nombreux emprunts à Choderlos de Laclos, Andréa de Nerciat, Crébilllon, etc.
Maître d'hôtel du comte de Provence jusqu'en 1782, amateur fortuné et bibliomane, Pierre Simon Mérard de Saint-Just (1742-1812) est fameux pour la beauté de sa bibliothèque comme pour sa production de livres généralement tirés à petit nombre d'exemplaires.
Mérard de Saint-Just, L'Esprit des mœurs au XVIIIe siècle, présentation et notes par Paule Adamy, Plein Chant, 2008 ; L’Enfer de la Bibliothèque nationale, n° 379-382 ; Gay-Lemonnyer II, 158 ; Pia, 519-520.
Price: €950.00
